
En Turquie depuis environ une semaine, j’ai dû éteindre mon smartphone, mon ordinateur et me couper du monde afin de profiter de quelques rares moments d’harmonie en famille, dans la paix et le recueillement. Ces jours ont été faits de partage, de bonheur et d’émotions intenses, mais aussi de moments plus difficiles, marqués par la souffrance et l’inquiétude.
Me voici désormais de nouveau confronté à l’actualité, porteuse d’une profonde inquiétude, qui m’a poussé à prendre la parole et à dire quelques mots sur l’opération militaire — ou plutôt cette agression armée illégale et illégitime — menée par les États-Unis contre le Venezuela. Dans ce contexte, il me semble également essentiel de rappeler que les autorités vénézuéliennes sont tenues, comme tout gouvernement, de respecter leurs obligations internationales en matière de droits humains et de garantir la protection de l’ensemble de la population.
Le respect du droit international n’est pas une garantie absolue, mais il demeure la condition indispensable pour éviter la loi du plus fort et préserver la paix entre les nations. La souveraineté des peuples est un principe intangible : aucun État, et certainement pas les États-Unis de Donald Trump, n’a le droit de décider par la force du destin d’une autre nation. L’enlèvement d’un chef d’État et la légitimation des changements de régime violents ouvrent la voie à la loi de la jungle sur la scène internationale. Les exemples de l’Irak et de la Libye l’ont tragiquement démontré : ces interventions ne produisent ni démocratie ni stabilité, mais le chaos, la guerre civile et la dictature. En s’affranchissant du droit, Washington sape l’ordre international et prive la communauté internationale de toute légitimité pour s’opposer demain aux agressions, notamment celles de la Chine, de la Russie ou de toute autre puissance prédatrice.
L’intervention américaine au Venezuela marque une nouvelle phase dramatique de l’histoire contemporaine. Derrière les prétextes sécuritaires se cache une réalité désormais évidente : la convoitise des ressources pétrolières d’un pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999, par des voies démocratiques, la richesse nationale avait commencé à bénéficier aux classes populaires : accès au logement, à l’éducation, à la santé, à l’alphabétisation, à l’électricité, réforme agraire et politiques sociales ambitieuses. Cette redistribution, malgré les sanctions américaines imposées depuis 2006, tout comme le projet d’émancipation régionale bolivarienne, a directement heurté les intérêts des multinationales et la doctrine impériale américaine, attachée à une vision de l’Amérique latine réduite au rang d’arrière-cour.
Cette situation dépasse le seul Venezuela. Elle concerne l’avenir de l’ordre international, la dignité des nations et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
En renouant aujourd’hui avec une version radicalisée de la doctrine Monroe, Donald Trump franchit un seuil dangereux en assumant un impérialisme sans complexe, fondé sur la force brute, le pillage des ressources et l’humiliation systématique des peuples du Sud. Ce colonialisme du XXIᵉ siècle, appuyé sur les technologies militaires, la surveillance et les opérations spéciales, menace l’ordre international et la dignité des nations. La France et l’Europe doivent rompre avec cette politique honteuse de soumission aveugle aux États-Unis, réaffirmer clairement leur attachement au droit international et à la souveraineté des États, et exprimer leur pleine et entière solidarité avec le peuple vénézuélien, comme avec tous ceux qui subissent ces menaces.
Car nos pays nous appartiennent, nos richesses nous appartiennent, et notre dignité n’est ni négociable ni à vendre.
Et lorsque les empires piétinent le droit et la souveraineté, les peuples se lèvent — non par goût de la guerre, mais par exigence de liberté.
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